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Jeudi 21 juillet 4 21 /07 /Juil 14:55

 

CIMG1762Un matin du mois d’avril, le Père Bigirimana Evode, Recteur du Sanctuaire marial de Mont Sion Gikungu reçoit une offre : « Je suis un chrétien qui en semaine prie à la Cathédrale Regina Mundi, le Dimanche au Mont Sion Gikungu. Je voudrais inviter au pèlerinage à Namugongo pour le 3 juin 2011 quelques pèlerins de Mont Sion et de la Cathédrale ». C’est Son Excellence Monsieur Matayo Kyaligonza, Ambassadeur de l’ Ouganda au Burundi avec résidence à Bujumbura qui invite.

 

Chose promise, chose faite. Un communiqué est diffusé au cours d’une messe au Mont Sion en direction de ceux qui veulent s’inscrire. Une première réunion préparatoire du pèlerinage est tenue le jeudi 28 avril 2011. Elle porte sur les aspects pratiques du voyage. Le 3 mai 2011 a lieu la 2èmeréunion de préparation au pèlerinage. Elle porte sur la vie des Martyrs de l’Ouganda.

 

Namugongo, en Ouganda, est situé à environ 15 km à l’Est de Kampala, le long de la route Jinja, à environ 5 km du centre commercial Kireka, le long de la route Kyaliwajjala-Namugongo. 67 pèlerins du Sanctuaire marial du Mont Sion Gikungu se sont inscrits pour participer à ce pèlerinage. Ils y rencontreront 67 autres de la Cathédrale Regina Mundi et 86 autres de la paroisse de Gatara, du Diocèse de Ngozi. C’est donc une grande délégation chrétienne qui part100 6955 du Burundi avec à sa tête, Monseigneur Ngoyagoye Evariste, Archevêque de l’Archidiocèse de Bujumbura.

 

Font partie aussi du groupe des pèlerins, quelques hautes personnalités civiles, politiques, religieuses et militaires comme le Père Bigirimana Evode , Recteur du Sanctuaire Marial du Mont Sion Gikungu, le Père Nyandwi Anicet, aumônier national et régional du Mouvement Apostolique de Schoenstatt, la Sœur Nibizi Marie de la Communauté des Sœurs de Marie de Schoenstatt, l’ex-Président de la République Son Excellence Monsieur Ndayizeye Domitien et son épouse, Monsieur Ngendakumana Jérémie, Président du Parti CNDD-FDD. Les femmes et les jeunes filles dominent dans le groupe des pèlerins venus du Mont Sion Gikungu. Deux sur trois pèlerins venus du Mont Sion Gikungu sont de sexe féminin. Le nombre de pèlerins aurait pu être plus important. Mais le 3 juin, jour de la commémoration des Martyrs de l’Ouganda tombe en semaine, et il est difficile d’obtenir d’un coup 3 jours de congé de la part des employeurs. Le coût de transport est aussi prohibitif pour certaines bourses, le coût de la vie étant devenu trop cher à Bujumbura.

 

100 6964Tous les pèlerins brûlent d’un même désir : arriver au plutôt sur le lieu même du martyre des Saints Martyrs de l’Ouganda pour y raffermir leur Foi et y puiser les grâces. C’est exactement ce qu’en pense Fr. Isaac RUYOSODRAM, Président du Groupe chargé de l’Information et de la Publicité de la Journée dédiée aux Martyrs Ougandais « Les pèlerins cherchent dans le pèlerinage aux lieux saints l’approfondissement de leur Foi. En effet, de tout temps, les Chrétiens ont toujours fait des pèlerinages presque dès le début du Christianisme, allant là où le Christ est né, mort, là où il peut avoir parlé, marché, là où sa famille a vécu, là où les Apôtres ont parlé, sont morts, là où les leaders –clé ont porté leur témoignage et là où leur travail a été interrompu à la suite de leur martyre.

 

L’idée du pèlerinage ou du voyage sacré en d’autres terres est profondément enracinée dans l’histoire de l’humanité et date du temps où les premiers croyants grimpaient jusqu’aux sommets des montagnes pour être plus près de Dieu ou du ciel ou allaient à des endroits bien déterminés pour danser en cercles. Une des grandes découvertes spirituelles du Christianisme, c’est que nous sommes tous des pèlerins sur cette terre, des étrangers à la recherche permanente de Dieu « Mon esprit reste sans repos jusqu’à ce qu’il se repose en Dieu »  Saint Augustin. 

 

100 6956Le 1erjuin 2011, le bus qui emmène les pèlerins de Mont Sion Gikungu démarre à 7h00 du matin (heure de Bujumbura) de la cour intérieure du Sanctuaire marial, pour un voyage par route qui va durer 15 heures sans interruption. Bien entendu le voyage a été précédé par une messe de 5 heures 30 du matin réunissant les pèlerins qui le peuvent sous la présidence du Père Bigirimana Evode, pour offrir la journée au Seigneur et obtenir sa bénédiction durant tout le voyage. C’est seulement à 23 h00 locales (22h00 de Bujumbura) que les pèlerins du Mont Sion Gikungu arrivent à l’hôtel Kireka qui leur a été réservé par un bienfaiteur en la personne de son Excellence Monsieur Matayo Kyaligonza l’Ambassadeur de l’Ouganda au Burundi

 

La traversée du Burundi, du Rwanda et de l’Ouganda s’est passée sans anicroche. Les agents de l’immigration à toutes les trois frontières sont courtois. Ils bavardent gaiement avec les pèlerins lors de la passation des formalités de visa dans les 3 pays respectifs. Des fois ils demandent aux pèlerins de leur ramener des grâces de Namugongo.

 

Les chants religieux, la récitation du chapelet, les blagues, les confidences pour ceux qui sont assis côte à côte, voilà ce qui occupe la majeure partie du temps que les pèlerins passent à bord du bus. On ne sent pas le temps passer malgré la longueur du voyage. Tous ont hâte d’arriver à Namugongo et c’est la première fois pour certains pèlerins.

 

SDC13883.JPGL’accueil est très sympa à l’hôtel Kireka où les a précédés le Père Bigirimana Evode, parti de bonheur par avion. Le Père Evode est conscient qu’il est le Pasteur et que les pèlerins sont ses brebis. Il s’affaire. Il règle les menus détails pour faire loger tout le monde. Une fois chaque pèlerin installé, c’est le temps de prendre le premier et l’unique repas de la journée. Un repas chaud est ensuite servi malgré les heures avancées. Il est 24 heures locales (23 heures de Bujumbura).

 

SDC13882.JPGTout le monde mange avec appétit. On avait vraiment faim. Aussitôt le repas terminé, quelques annonces par le Père Bigirimana Evode. La journée du lendemain sera consacrée à la visite des Lieux Saints, Namugongo-Nakiyanja et Namugongo-Bulooli. Il faudra se lever et déjeuner tôt. A peine 5 heures de sommeil après une si longue journée de voyage.

 

Il existe deux sites à Namugongo : Namugongo-Nakiyanja là ont été torturés à mort et martyrisés les 25 Martyrs de l’Ouganda (13 Anglicans :Robert Munyagabyanjo, Alexander Kadoko, Fredrick Kizza, Daniel Nnakabandwa, Nuwa Walukaa, Kiwanuka Gyaza, Mukasa lwakisiga, Lwanga, Mubi, Wasswa, Kwabafu, Kifamunyanja, Muwanga Njigija) et 12 Catholiques :Lukka Banabakintu, Gyaviira, Yakobo Buuz’abalyawo, Ambrose Kibuuka, anatooli Kiriggwajo, Achileo Kiwanuka, Kizito, Muwanga, Mukasa, Bruno sserunkuuma, Adolufu Mukasa ludigo, Mbaga Tuzinde) et Namugongo-Bulooli lieu d’ exécution du 26èmeMartyr, Charles Lwanga, Martyr Catholique, Leader des Martyrs de l’ Ouganda. C’est Charles Lwanga qui a été exécuté seul à Namugongo-Bulooli.

 

100_6984.JPGLa visite commence par Namugongo-Nakiyanja pour terminer au site de Namugongo-Bulooli. A l’origine, Namugongo était un lieu d’ exécution des criminels plus spécialement pour ceux qui appartenaient à la famille royale et les personnalités de haut rang, les chefs par exemple. Ce lieu d’ exécution a été décidé par le Roi Kyabaggu du Buganda en 1760. Ceci implique que de 1760 au 3 juin 1886, date d’exécution des Martyrs de l’ Ouganda, des milliers de personnes ont été exécutés à Namugongo-Nyakiyanja.

 

Ce qui est frappant au site de Namugongo-Nyakiyanja c’est sa ressemblance avec ce qui s’est 100 6988passé au Golgotha. A Namugongo, les chrétiens Anglicans et les Chrétiens Catholiques ont été exécutés en même temps que des criminels de la famille royale ou de la haute société tout comme Jésus crucifié au Golgotha entre deux bandits. Ce qui pose problème aujourd’hui pour la reconnaissance de la sacralité de la source d’eau dans laquelle les bourreaux lavaient leurs instruments de torture. Les pèlerins voudraient récolter cette eau comme une eau sacrée, mais le sang des criminels et des saints Martyrs s’y est mélangé et l’Eglise catholique tarde à se prononcer sur la sacralité ou la non sacralité de cette eau. Alors certains pèlerins hésitent encore à la recueillir comme une eau sacrée.

 

C’est aussi sa ressemblance avec l’histoire des pages de Nabuchodonozor, Shadrach, Méchak et Abed- Négo (Daniel 3,15-19) « Vous allez entendre jouer de la trompette, de la flûte, de la cithare, de la sambuque, du psaltérion, de la cornemuse et de tous les genres d’ instruments de musique. Etes- vous prêts maintenant à vous incliner jusqu’à terre pour adorer la statue que j’ai faite ? Si vous refusez, vous serez jetés immédiatement dans la fournaise où brûle un feu intense. Quel Dieu pourrait alors vous arracher à mon pouvoir ? »

 

Chadrac, Méchak et Abed-Négo répondirent au roi :« Majesté, nous ne voulons pas essayer de nous justifier. Sache toutefois que notre Dieu, le Dieu que nous servons, est capable de nous sauver ; oui, il nous arrachera à la fournaise et à ton pouvoir. Et à supposer qu’il ne le fasse pas, sache bien que nous refuserons quand même de servir tes dieux et d’adorer la statue d’or que tu as fait dresser. »

 

Nabuchodonosor devint furieux ; il pâlit de rage face à Chadrac, Méchak et Abed-Négo. il exigea qu’on chauffe la fournaise sept fois plus que d’ habitude et il ordonna à quelques vigoureux soldats de son armée de ligoter Chadrac, Meschak et Abed-Négo pour les jeter dans la fournaise. Les bourreaux des Martyrs de l’ Ouganda criaient à qui voulait les entendre que ce n’est pas eux qui suppliciaient les martyrs mais Nende, Mukasa, Kibuuka respectivement dieu de la guerre, dieu de la mer et de la prospérité, dieu de la guerre qu’ils avaient méprisés .

 

100_6999.JPGLe 2ème fait étonnant est ce qui reste (un rejeton) de l’arbre (il s’appelle Ndazabazadde dans la langue du pays) sur lequel on attachait les Martyrs pour les torturer afin de leur faire renoncer à leur Foi. Un arbre qui date de 1886 et qui a encore ses rejetons plus de 125 ans après. On sait qu’il existe des arbres multicentenaires dans le monde comme l’arbre du Ténéré qui a duré 300 ans pour guider les voyageurs dans le désert du Ténéré. Mais en Afrique centrale et de l’Est les arbres meurent vite. C’est comme si le Créateur a permis à cet arbre de continuer de se régénérer depuis tout ce temps comme pour témoigner de cet événement devant plusieurs générations de pèlerins.

 

Le 3èmefait significatif de Namugongo-Nyakiyanja est la confirmation que les voies de Dieu sont insondables. Le roi du Buganda Kabaka Muteesa invita les missionnaires à s’installer dans son royaume. Son fils Kabaka Mwanga ordonna de chasser ou de tuer tous les missionnaires et tous ceux qui étaient convertis au Christianisme par peur de perdre son Autorité sur les pages de la cour et la population de son royaume. Il contraignit 72 Musulmans à manger de la viande des animaux qui n’avaient pas été tués préalablement par Un chef musulman comme le rite musulman l’exigeait.

 

Le 4èmefait significatif est l’implication des Martyrs de l’Ouganda dans la vie quotidienne des 100_6974.JPGOugandais. Chaque Martyr ougandais est patron d’un secteur professionnel : Saint Charles Lwanga patron de la jeunesse et de l’ Action catholique, Saint Mathias Kalemba Mulumba Wante patron des Chefs et des familles, Saint Joseph Mukasa Balikuddembe patron des politiciens et des chefs, Saint Denis Ssebuggwawo Wasswa patron des chanteurs des musiciens et des chorales, Saint André Kaggwa (kahwa) patron des enseignants, des cathéchistes et des familles, Saint Pontien Ngondwe patron des hommes engagés dans les forces armées etc... Il a été à la base malgré lui de l’extension de l’Eglise catholique et surtout de l’esprit œcuménique en Ouganda (4 Archevêchés, 14 Diocèses, d'innombrables Paroisses). Comme on l’a bien dit « Le sang des Martyrs est la semence de l’Eglise ».

 

100_6992.JPGOn dit que le roi persécuteur des Chrétiens est mort en exil et a été baptisé au Prénom de Daniel sur son lit de mort. Rien ni personne ne résiste à la volonté du Tout-Puissant. Le site de Namugongo-Nyakiyanja comprend plusieurs objets et monuments destinés à garder intacte la mémoire des Martyrs de l’ Ouganda :l’arbre Ndazabazadde dont nous avons déjà parlé, la chapelle mémorial des Martyrs construite en 1935 par Tefero Kisosonkole, ex-Premier Ministre du Buganda et survivant au Martyre et sous l’ autel de la quelle ont été ensevelis les reliques des Martyrs, le Quartier Général de Mukajjanga du Chef des bourreaux et responsable de l’exécution des Martyrs, des figurines enveloppées dans des nattes à l’instar de celles dans lesquelles o100_7009.JPGnt été enveloppés les corps des Martyrs avant d’être brûlés vifs, la source d’eau dans laquelle les bourreaux lavaient leurs instruments de torture.

 

La visite de Namugongo-Nyakiyanja s’est terminée par la prise des photos souvenir, l’ achat des documents en rapport avec l’ événement, les photos des Martyrs, le recueillement sur les reliques des Saints entreposés à l’ autel de la chapelle, la visite du poste de commandement du bourreau des Martyrs de l’ Ouganda.

 

La visite s’est p100_7032.JPGoursuivie à la Basilique Namugongo des Martyrs de l’ Ouganda construite sur le site Namugon go-Bulooli, situé à presque 1 km du site Namugongo-Nyakiyanja, exactement là où a été sup plicié Saint Charles Lwanga. Ici tout est différent. Tout est imposant. Question des moyens et de  dévotion à Saint Charles Lwanga. On n’a pas lésiné sur les moyens : l’espace, les objets de culte, les monuments religieux et les souvenirs de lieu à l’étalage, la basilique, le nombre de pèlerins venant de partout qui attendent l’événement du 3 juin2011.

 

Charles Lwanga a été supplicié tout seul, à 1 km plus loin de Namugongo-Nyakiyanja. Aucun bandit n’a été supplicié dans les environs immédiats. Sans conteste, le sang du Martyr a tout purifié : l’eau, les arbres du parc, le sol. L’eau est trouble à la voir, mais se décante et se clarifie au fur et à mesure que les dépôts calcaires descendent au fond du récipient. Même ceux qui disaient à prime abord que pour rien au monde ils ne la boiraient, ils ont fini par la boire. C’est le premier miracle de Namugongo. Une Foi absolue et inébranlable dans la sacralité du Lieu et de tout ce qui l’entoure.

 

100_7075.JPGC’est très saisissant de voir la dévotion que les pèlerins de tous horizons et de toutes conditions vouent à Saint Charles Lwanga. Les uns l’implorent en embrassant les arbres du parc où il a été exécuté voilà 125 ans. D’autres se jettent à même le sol devant l’Autel de la Basilique, là il a été exécuté, enseveli et où ses reliques sont gardées. D’autres l’implorent en gardant la main sur la statue qui le représente. D’autres encore se recueillent devant le Sanctuaire de la Reine des Martyrs .Ils viennent de partout : du Kenya, de la Tanzanie, du Rwanda, du Burundi, de la RDC , du Soudan, du Malawi, du Nigeria, de l’ Europe, des Etats-Unis et d’ ailleurs . C’est une vraie communion entre les vivants et les morts, les croyants d’il y a plus de 100 ans et les croyants d’aujourd’hui.

 

Difficile de le croire si on ne l’a pas vu soi-même, le respect que l’Autorité politique et administrative accorde au Lieu : stricte interdiction de vendre quoique ce soit autour du site sauf à l’ endroit prédéterminé, stricte interdiction de garer les engins motorisés et de stationner. Pour tout contrevenant, la marchandise est saisie, les plaques d’immatriculation sont arrachées et emportées par la police chargée de la garde du Lieu.

 

100_7044.JPGLa visite va se terminer par la célébration d’une messe célébrée pour les seuls pèlerins burundais à 13h00 locales , présidée par l’Archevêque de Kamapale, Archevêque du lieu, assisté par l’Archevêque de Bujumbura, Monseigneur Archevêque Evariste Ngoyagoye, chantée et animée en Kirundi par les pèlerins de la paroisse Gatara.

 

Les pèlerins sont rentrés exténués mais heureux. Le repas du soir terminé, chacun s’est préparé à célébrer le grand Evénement du lendemain, à savoir la Commémoration de la journée des Martyrs du 3 juin. Mais avant de terminer la journée, un entretien entre la famille de l’ Ambassadeur et les pèlerins nous fait découvrir la profondeur de ce couple, leur engagement religieux et le niveau de leur générosité . le couple gratifie les pèlerins quelques exemplaires de leurs ouvrages : « Interceding with Jesus Christ », « Devotion to the Precious blood of Our Lord Jesus Christ », « The Blood of the Martyrs ». La consigne était de se lever et de déjeuner assez tôt pour arriver à temps sur le lieu de la Célébration eucharistique.

 

L’on attendait un million de pèlerins (il en est venu peut-être 3 à 4 millions de pèlerins : estimation non officielle de l’auteur) et il n’était pas certain de pouvoir se faufiler jusqu’à l’endroit réservé aux pèlerins burundais tout près de l’Autel. Les pèlerins burundais finiront par être placés non loin de l’Autel, grâce à la bravoure du Père Evode qui a tout fait pour frayer le chemin, mais pas exactement à l’ endroit leur réservé préalablement à cause du retard mis pour arriver au rendez-vous, retard dû à plusieurs circonstances croisées indépendantes de leur volonté.

 

SDC13907C’est donc debout que les pèlerins burundais, jeunes et vieux, assisteront à la Célébration eucharistique du 3 juin dédiée aux Martyrs de l’Ouganda. L'Eucharistie est très simplifiée :les prières et les Lectures ainsi que l’ Evangile en Anglais, les chants en Kiganda ou dans d’ autres langues du pays. Le kiganda est composé de mots très courts, des fois monosyllabiques et les pèlerins burundais disposant du livre des chants chantent le Kiganda comme s’ils avaient été toujours là. Personne n’est dépaysé. La cérémonie est haute en couleurs. C’est une véritable messe solennelle à la hauteur de l’événement. Ils ont ressenti de la fatigue certes, mais elle était moindre par rapport à la joie qu’ils éprouvaient à participer à l’Eucharistie sur le lieu même du martyre de Saint Charles Lwanga et les autres Saints Martyrs de l’Ouganda. Il avait été prévu que la délégation du Mont Sion lira une intention lors de la prière universelle et chantera deux chansons au moment de la Communion.

 

A cause du retard de la délégation burundaise, le protocole avait supprimé la lecture de 100 7108l’intention et la chanson du programme des cérémonies. Protocole oblige. Quelle ne fut pas la surprise des pèlerins burundais, en particulier de ceux venus du Mont Sion Gikungu, quand au moment de la prière universelle, une voix burundaise féminine s’éleva dans les airs, dans un silence quasi religieux « MANA SERUKUNDO,TWIHETSE K’UMUGABEKAZI W,ABAMARATIRI B’I BUGANDA , TURAGUSHIKANIYE IGIHUGU CACU C’UBURUNDI NGO MUTIMA MWERANDA AKIGWIZEMWO ABAKWIHEBERA BENSHI KANDI BERANDA, KIGANZWE N’UKWEMERA, UKWIZIGIRA N’URUKUNDO. TWUMVIRE MANA MUSHOBORA VYOSE. »

 

SDC13913L’intention a été lue et cela donne un espoir immense à tous les pèlerins de Mont Sion Gikungu, le Père Evode BIGIRIMANA en particulier, que le chant kirundi de la communion pourra être chanté. Personne n’a su exactement comment le Père Evode s’y est pris pour convaincre le protocole de la cérémonie commémorative, mais en pleine communion, les pèlerins burundais venus du Mont Sion Gikungu furent appelés pour relayer la chorale ougandaise du jour partie communier et pour entonner le chant « ARI KU MEZA MERANDA », chant favori de l’ Ambassadeur de l’ Ouganda au Burundi et de plusieurs pèlerins burundais..

 

Sans être accompagné d’un seul instrument musical burundais, à un endroit où tout le monde100 7088 pouvait être vu , d’une seule voix, avec l’ aide d’ un seul micro, les pèlerins alternent, sur un rythme rapide et gai, les strophes et le refrain, comme s’ils avaient toujours chanté ensemble. Monseigneur Evariste NGOYAGOYE, Archevêque de Bujumbura, s'approche de la délégation burundaise pour chanter avec elle et sans doute pour l'encourager, et cela à la grande satisfaction de tous les pèlerins burundais. A la fin du chant, un tonnerre d’applaudissement. Le miracle s’est produit. Les pèlerins burundais de Mont Sion ont chanté leur chant. Car ils étaient venus non pour assister, mais pour participer. La frustration aurait été si grande, tant l’événement avait été préparé. La délégation burundaise de Mont Sion Gikungu quitte le lieu de la célébration eucharistique à 14 heures locales pour aller attendre les bus à l’ endroit convenu. Le voyage retour est prévu pour 17 heures locales.

 

SDC13897Là l’attend une double surprise. Les bus chargés de les transporter mettront 4 heures pour arriver. Les embouteillages sont monstres. Les routes sont bondées de populations. La police de roulage a obligé les chauffeurs des bus à garer à 1 kilomètre de l’endroit où on les attend. Pas de communication. Les réseaux de téléphone mobile ne fonctionnent pas. Certains croient qu’ils ont été interrompus pour des raisons de sécurisation des lieux. La pluie, une pluie venue de nulle part, qui tombe juste sur le site de Namugongo-Bulooli, mouille les pèlerins des pieds à la tête. Obligés de marcher sous la pluie pour se regrouper au lieu présupposé de rendez-vous du bus, les pèlerins pataugent sur des bas-côtés fangeux, dans une boue rouge qui couvre les chaussures les bas des « Imvutano » et des pantalons. Certains, les dames surtout, sont obligées de se déchausser et de porter les chaussures à la main. Mais personne ne se plaint. C’est mineur par rapport à la joie d’avoir participé à la Célébration eucharistique commémorative de la journée des Martyrs de l’Ouganda.

 

C’est donc tard à 18 h00 locales, trempée de la tête aux pieds, exténuée d’être longtemps 100_7085.JPGrestée debout, morte de faim, après avoir marché 1 km sur la route de l’hôtel Kireka pour rejoindre les bus que la délégation burundaise (Mont Sion Gikungu et cathédrale Regina Mundi) rentre à l’hôtel pour en repartir aussitôt à 19h00 locales pour un voyage retour de 15 heures. Après un repas rapide, les pèlerins burundais font les formalités de sortie de l’hôtel (checking out) en vitesse et en ordre, sans précipitation et quittent l’hôtel. A19heures locales, tout le monde est embarqué et les bus commencent le chemin de retour. Le voyage se fait de nuit. Tout est noir autour.

 

Tout le monde est exténué. La moitié est endormie ou alors muette de fatigue ou alors médite. Il fait presque jour quand on arrive à la frontière rwandaise. Les langues commencent à se délier. Pas de crevaison, pas de panne, pas de malade, pas d’indisposition au cours du voyage, pas de perte de bagage, au départ comme au retour. C’est un voyage sacré comme au temps des premiers chrétiens. Dieu a veillé. L’on arrive au Mont Sion vers 11h00 locales. Direction : Sanctuaire Marial de Mont Sion Gikungu pour remercier la Mère Trois Fois Admirable d’avoir accompagné ses enfants durant tout le voyage. Le pèlerinage a commencé au Sanctuaire Marial. Il a terminé au Sanctuaire. La boucle est bouclée. Chaque pèlerin regagne son domicile muni de ses souvenirs, de ses résolutions de mieux affermir sa foi et de ses grâces.

 

Quels enseignements tirer du pèlerinage à Namugongo ?

 

100 7093L’Eglise catholique de l’Ouganda comprend 4 Archidiocèses (Mbarara au sud-ouest, Tororo à l’est, Gulu au nord-ouest, Kampala au centre-sud), 14 diocèses et un nombre impressionnant de paroisses. La commémoration de la Journée du 3 juin dédiée aux Martyrs de l’Ouganda est organisée chaque année à tour de rôle par tous les diocèses. Le 3 juin 2011 était le tour du Diocèse d’Arua d’organiser les cérémonies de commémoration avec le thème « UNIS DANS LA JOIE ET LA SOUFFRANCE COMME LES MARTYRS DE L’OUGANDA. » Plusieurs personnalités religieuses ont émis des messages .Rien ne peut mieux résumer les enseignements à tirer du pèlerinage de Namugongo que le contenu des extraits des messages des Autorités ecclésiastiques de l’Eglise de l’Ouganda ou présentes à la cérémonie..

 

« Unis dans la joie et la souffrance comme nos Martyrs » signifie que les uns et les autres devons partager les joies et les peines comme nous partageons les informations dans le monde d’aujourd’hui. Le Martyre et la vocation au Martyre ne sont pas le résultat d’un effort humain, mais la réponse à un projet et à un appel de Dieu . C’est un don de sa grâce qui rend capable une personne à donner sa vie pour le Christ et pour l’Eglise et partant pour le monde. Le martyre, c’est prendre sa croix tous les jours et suivre Jésus sur le chemin de l’amour total de Dieu le Père et de l’Humanité. »Son Eminence Paul TSCHANG IN –NAM, Nonce Apostolique de l’Ouganda.

 

« La souffrance est intrinsèquement une partie de la vocation de chaque chrétien. Jésus a invité ses disciples à le suivre dans le renoncement de soi et la souffrance à porter la croix (Luc 14,26-27) » Jean-Baptiste ODAMA, Archevêque de Gulu et Président de la Conférence Episcopale de l’Ouganda.

 

« Appeler à s’unir dans la joie et la souffrance est d’une particulière importance pour nous 100 7094peuple vivant en Ouganda aujourd’hui. Nous vivons dans un pays meurtri par les divisions tribales et politiques. Des actes de violence et des assassinats sont enregistrés chaque jour. Des gens de même famille sont terriblement divisés à cause des orientations politiques différentes. De cette situation naissent des actes de violence, et de versement de sang au sein de la famille. Notre pays l’Ouganda est malade. Il souffre de plusieurs maladies dont certaines sont l’envie, la distribution inéquitable des richesses nationales, la haine, les rivalités, la promiscuité, la sorcellerie, les violences domestiques, le syncrétisme et la perte de conscience. Ne pointez pas un doigt accusateur vers les autres, mais commencez par vous examiner vous-même pour découvrir là où vous avez failli dans votre obligation de promouvoir l’unité et la paix ». Monseigneur Cyprien Kizito Lwanga , Archevêque de Kampala .

 

« Unis dans la joie et la souffrance des martyrs de l’Ouganda, c’est prendre l’exemple des 7 frères et leur mère comme c’est dit dans Maccabées 7, 1-2, 9-14. Ils sont restés non seulement unis dans la joie, mais aussi dans la souffrance. Ils ont accepté de témoigner de leur Dieu jusque dans la mort. Les Martyrs de l’Ouganda, certains étaient catholiques, d’autres Anglicans. Certains de l’ethnie Baganda pour la plupart, Basoga (Mathus Kalemba, Gonzaga Gonza), d’autres Banyoro (André Kaggwa, Anatoli Kirigwajjo..Maintenant nous avons aussi des Martyrs Acholi. Il y avait aussi des Martyrs musulmans qui partageaient la même Foi que les Martyrs chrétiens. 72 Musulmans ont été tués ici à Namugongo parce qu’ils avaient refusé de manger de la viande des animaux non tués préalablement par des Musulmans. Tous étaient des vrais croyants en Dieu. Malgré des religions et des conditions différentes, ils servaient joyeusement le ROI KABAKA du Buganda. » Rt Rev Sabino Ocan Odoki, Evêque du Diocèse d’Arua.

 

100_7191.JPGPour la petite histoire, parmi les Martyrs de l’Ouganda on compte aussi bien des Catholiques que des Anglicans et des Musulmans. Chaque confession religieuse a dédié une chapelle pour ses croyants  à l’endroit où ils sont tombés suppliciés en 1886. « Les martyrs de l’Ouganda étaient unis à n’importe quel prix, pour être différents de l’environnement dans lequel ils vivaient, pour l’amour du Christ. La question qui se pose ici est de savoir, si nous sommes unis à n’importe quel prix, à être différents de l’environnement dans le quel nous vivons aujourd’hui pour l’amour du Christ ? Qu’est ce qui leur donnait le courage de traverser la souffrance ? C’était un attachement à la Parole de Dieu et à la vie en communauté. Le principal but de la célébration du 3 juin est le désir profond de renouveler notre communauté chrétienne et chaque chrétien en particulier»

Fr. RAJO CANDIGA HIM, émanant des prêtres et des religieuses du Diocèse D’Arua.

 

En conclusion la leçon à tirer du pèlerinage est que pour affermir sa foi tous les jours, il faut tout simplement méditer la Parole de Dieu et la mettre en pratique, partager toutes les joies et les peines avec tous les membres de notre communauté, pratiquer la sainteté au quotidien c’est –à-dire prier et travailler comme les tout premiers chrétiens, comme les Martyrs de l’Ouganda. Le jour ils travaillaient avec dévouement comme pages à la cour du Roi du Buganda, la nuit ils allaient prier. Point n’est besoin d’être supplicié pour devenir Martyr. Il suffit de porter quotidiennement sa croix avec courage pour l’amour de Dieu.

 

 

UN PELERIN BURUNDAIS


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